Contribution pour le congrès d’Arras (4-6 décembre 2009)
par Jean-François Petiot
Commission Enseignement supérieur et recherche
L’information et l’orientation scolaire et professionnelle : une cause nationale
Introduction
L’orientation scolaire (et universitaire) est le processus de choix d’une formation, l’orientation professionnelle celui d’un métier. Ces deux orientations sont liées, jusqu’à se confondre pour des professions réglementées (exemple : médecine), leur relation est forte quand il s’agit de diplômes professionnels (DUT, BTS, licences et masters professionnels), et plus faible quand il s’agit de formations généralistes. On parle maintenant « d’orientation tout au long de la vie » car celle-ci concerne les élèves, les étudiants, les demandeurs d’emploi, mais aussi les salariés : une enquête de l’INSEE (2003-2004) indique que 20% des salariés en Ile de France ont changé de métier pendant cette période [3] . L’information pertinente et individualisée sur les formations et les métiers est la condition préalable et sine qua non à une bonne orientation.
Mettre en correspondance les capacités et aspirations de l’individu avec les possibilités de formation et le marché du travail est un défi énorme dont on peut mesurer l’importance avec quelques chiffres :
-Tous les ans près de 750000 jeunes sortent du système éducatif
-Environ 400000 nouveaux bacheliers s’inscrivent dans des études supérieures chaque année
– Au seul niveau de l’enseignement supérieur il y a environ 2500 diplômes habilités
– L’ANPE recense plus de 10000 appellations d’emploi.
Le constat
De nombreuses études et rapports (CEREQ [2], Tharin [7], mission du Sénat [6], … font le constat d’une superposition d’interlocuteurs travaillant de façon cloisonnée et avec une efficacité globale souvent critiquée. Le rapport du CEREQ stigmatise une « pluralité d’institutions qui ne fait pas système ». Ce constat n’est pas récent, par exemple en 1997, François Bayrou [1] avait pris des mesures pour préciser et rappeler l’importance d’un service d’insertion professionnelle dans l’enseignement supérieur. Depuis d’autres mesures ont été prises, citons par exemple :
– Le schéma national d’orientation de 2007 vise à réduire les sorties du système éducatif sans qualification professionnelle et à développer une meilleure connaissance des métiers et du monde du travail
– La loi relative aux universités (2007) ajoute deux missions à celles-ci : l’orientation et l’insertion professionnelle
– Récemment, la circulaire de janvier 2009 organise « l’orientation active » des futurs bacheliers vers l’enseignement supérieur pour la rentrée 2009 [4]
Il n’en demeure pas moins que :
– « L’orientation active » n’intervient qu’à la suite d’une démarche du futur étudiant en direction d’une formation dont il a connaissance. Son choix est donc réduit à ce qu’il connaît, ou croit connaître, ou entendu parler. Il s’agit plus d’une vérification de l’adéquation entre le projet du bachelier et la formation postulée que d’une véritable orientation.
– L’information sur les formations est très complexe et il est bien difficile de s’y retrouver dans les intitulés de diplômes, mentions et autres « parcours ». En ce sens, l’autonomie des universités habilitées à délivrer des diplômes nationaux mais avec des contenus locaux et des moyens différents n’améliorera pas la lisibilité de ceux-ci.
– L’information sur les métiers est elle aussi d’une grande complexité. Les métiers récents, sans parler des métiers juste émergents ou de ceux de demain sont très mal connus (pour ne pas dire inconnus) par les structures d’orientation
– En France, un des « noyaux durs » de l’orientation est constitué par les Conseils d’Information et d’Orientation (CIO) avec leurs Conseillers d’orientation psychologues (COP) dont la formation, après une licence de psychologie, est de deux années dans des unités de formation et de recherche en psychologie. Ce n’est pas leur faire injure que de constater que dans leur formation la dimension « de conseiller psychologue » a une importance majeure par rapport aux connaissances sur les formations et les métiers. Le député F. Reiss [5] dresse un constat équilibré de l’activité des COP.
Ce qu’il faut faire :
Des travaux approfondis, des expérimentations dans les régions, des comparaisons internationales, ont déjà permis de tracer les lignes force ce qui doit être un réforme d’intérêt national (cf. CEREQ) :
– Un service public co-piloté par l’état et les régions pour une meilleure coordination des actions des différentes structures, ce qui permettrait de rester à moyens à peu près constants.
– Une prise en compte de la multidisciplinarité de la tâche en élargissant le socle du recrutement des conseillers d’orientation et en faisant collaborer des professionnels, des enseignants et des enseignants chercheurs, des partenaires sociaux. L’information et l’orientation doivent avoir une composante de veille documentaire et technologique qui ne peut la tenir éloignée du triangle vertueux de l’enseignement, la recherche et l’innovation.
– Resserrer les liens entre l’enseignement secondaire et l’enseignement supérieur.
– Un établissement de standards pour s’assurer de la qualité du service rendu.
– Un guichet unique sorti des structures d’enseignement, ouvert à des heures possibles pour, à la fois, les jeunes et leurs familles.
En conclusion
Cette contribution s’inscrit dans le cadre de la commission nationale « enseignement supérieur et recherche ». Elle est trop courte pour aborder toutes les questions concernant l’information et l’orientation des jeunes dans les formations secondaires, des salariés en reconversion et des demandeurs d’emploi. Mais bien sûr la fin du cloisonnement des différentes structures suppose une prise en compte globale de « l’information et l’orientation tout au long de la vie ».
La mauvaise orientation a un coût humain, social et financier qui peut se révéler catastrophique tant pour l’individu que pour la société. L’information nécessaire à l’orientation éclairée est inégalement répartie selon les couches sociales et contribue donc à conforter les clivages sociaux. On peut considérer que le couple information – orientation sur les formations et les métiers est bien une grande cause nationale. Il faut qu’elle soit hissée à ce rang avec une forte volonté politique.
Références :
[1] François Bayrou
Arrêté (chapitre II), 1997
http://rdeuag.ifrance.com/elements/archives/arrete97bayrou.doc
[2] CEREQ
Le pilotage de l’orientation tout au long de la vie – Le sens des réformes, Notes emploi formation 29, juillet 2008
http://www.cereq.fr/pdf/nef29.pdf
[3] INSEE
La mobilité professionnelle, vecteur d’ascension sociale pour le jeunes et les ouvriers
Ile de France à la page, N°304, septembre 2008
http://www.insee.fr/fr/insee_regions/idf/themes/alapage/alap304/alapage304.pdf
[4] Ministère de l’Education nationale
Orientation active – Orientation des futurs bacheliers vers l’enseignement supérieur en vue de la rentrée 2009, Bulletin officiel N° 6 du 5 février 2009
http://www.education.gouv.fr/cid23643/esrb0900045c.html
[5] Reiss, Commission des affaires culturelles, familiales et sociales, séance du 7 novembre 2007, compte rendu N°12
http://www.assemblee-nationale.fr/13/cr-cafc/07-08/c0708012.asp#P6_310
[6] Sénat – Résumé des propositions de la mission
http://www.senat.fr/rap/r96-81/resume.html
[7] Tharin, I.
Orientation et réussite scolaire : ensemble, relevons le défi. Rapport au Premier Ministre, la Documentation française, 2005
http://www.coe.gouv.fr/download.php?file_url=IMG/pdf/rapport_irene_tharin.pdf