Quelques remarques sur le PLU 2013 d’Arradon
(sauf celles sur les nombres d’habitants et de nouveaux logements faites par ailleurs)
Remarque 1 : la consommation de l’espace continue
Rapport de présentation page 397 : « Les dynamismes de consommation foncière durant les 20 dernières années doivent alerter la commune sur la nécessité d’économiser le foncier afin : de maintenir les activités agricoles et de préserver son paysage est ses milieux naturels »
Rapport de présentation, page 307 : Consommation de 35,1ha entre 1999 et 2008 et consommation proposée dans le présent PLU : 36,5 ha.
La consommation d’espace n’est donc pas freinée.
Remarque 2 : Une densité minimale de logements peut elle être décrétée sans étude ad-hoc ?
Pour chaque zone d’urbanisation identifiée, on donne une densité de logements minimale à l’hectare. Comment celle-ci peut être sérieusement décidée sans une étude précise du site : son paysage, son voisinage, sa pente, ses accès ….Un ou deux logements de trop sur un terrain peuvent totalement défigurer le paysage avec un effet quasi nul sur la capacité d’accueil de la commune.
Remarque 3 : Protéger l’identité d’Arradon et son cadre de vie
Cette formule est la reprise de l’orientation N°2 du PADD dont l’objectif N°3 est : « Assurer l’équilibre entre les différentes ambiances paysagères » et le quatrième point de cet objectif : « conserver le caractère rural et bocager des abords des routes départementales et communales – et j’ajoute a fortiori des chemins – traversant le territoire d’Arradon ».
Ce dernier point très important. Je suis souvent intervenu dans la vie communale en tant qu’élu pour montrer que les lotissements créés dans les années 70 et 80 étaient bien plus respectueux de l’environnement que ceux qui furent créés ensuite. Ils avaient su mener des opérations d’urbanisation assez dense sans dégrader le paysage. Un élément essentiel pour que des voies qui sont des lieux de promenade ne deviennent pas que des voies de circulation sans charme est de construire avec un recul suffisant par rapport à celles-ci.
Voir ci-dessous les photos d’anciens lotissements à titre d’illustrations : chemin de Rosclédan, rue de Kerverho, route de la pointe, Le Grésit, rue du Paluden,….
Avant de dire combien de logements à l’hectare on veut sur un terrain, il serait plus respectueux de l’environnement de décider quelle partie de celui-ci doit « rester verte » pour sauvegarder le paysage.
Exemples :
1) OAP de Rosclédan (notamment sud) : on dit que « c’est un site peu exposé et que son urbanisation n’aura pas d’incidence paysagère sous réserve de maintien d’un écran végétal le long de la rue de Cadic. » J’invite le commissaire enquêteur à se promener le long du chemin de Roscledan (cf. photo ci-dessus) et d’envisager les « ravages paysagers » que pourraient engendrer des constructions (ou des parkings) trop près de celui-ci.
2) La rue du Paluden sépare une zone spéciale de conservation Natura 2000 d’une zone Ubb où toutes les maisons sont construites bien en recul de la rue. Le PLU doit conserver cette obligation de construire à l’alignement des maisons déjà construites pour éviter une densification proche du marais.
Sur chaque parcelle proposée à l’urbanisation, une bordure verte conséquente doit être décidée et inscrite sur les documents du PLU.
Remarque 4 : Le COS en zone Ubb : quelle protection de l’environnement en cas de division du terrain ?
Le règlement propose un COS de 40% pour les terrains de moins de 300 m2 et une surface habitable constructible dépendant de la surface S du terrain selon la formule :
Surface habitable = (S-300) x 0,1 +120. En dehors de la présentation erronée page 271, car on y indique une surface dans la colonne COS, la question de fond est de savoir comment éviter une densification excessive des paysages que l’on veut protéger à la suite de division de parcelles.
Remarque 5 : un projet inquiétant pour le centre bourg
Le centre bourg est l’objet d’un catalogue de bonnes intentions souvent répétées dans le PADD :
Orientation 1 – Objectif 3 :
« Mettre en valeur les espaces publics du centre bourg et notamment la place devant l’église et autour de la chapelle. Cette place doit devenir un véritable espace public identitaire et lieu d’échanges pour les habitants »
« Conforter les commerces du centre – bourg »
Orientation 2 – Objectif 4 :
« Faire du bourg un lieu identitaire pour la commune avec un cadre de vie attractif »
« Requalifier les espaces publics et les espaces verts du bourg »
Orientation 3 – Objectif 1 :
« Mettre en valeur le centre – bourg en suivant les orientations de l’étude du bourg »
« Modification des stationnements et de la circulation, aménagement d’une place piétonne devant l’église »
Orientation 4 – Objectif 1 :
« Favoriser l’implantation d’activités tertiaires notamment dans le bourg »
Orientation 4 – Objectif 2 :
« Renforcer l’activité commerciale du bourg »
« Mettre en valeur le centre – bourg, réaménagement de la place de l’église et améliorer l’accessibilité au centre – bourg »
Orientation 5 – Objectif 2 :
« Revoir le stationnement dans le centre – bourg afin d’éviter les stationnements ventouses préjudiciables à l’activité des commerces et à la convivialité de la place »
Orientation 5 – Objectif 3 :
« Revoir la circulation du centre – bourg »
La formule latine dit « bis repetita placent » – les choses répétées plaisent – mais la répétition n’est malgré tout pas un argument. Quels sont en effet les arguments que l’on nous donne pour nous faire espérer que les objectifs moult fois énoncés seront atteints par la modification du bourg qui est projetée ? L’argument de la concertation préalable n’est pas convaincant quand on entend l’architecte Bernard Guillouet qui a participé à cette concertation et qui dit qu’il n’y a pas été entendu. Il a pourtant été une des seules personnes qualifiées de la population à y participer. Quand on observe ce projet, la destruction des murets du côté de l’église ou de la place de la chapelle, la modification du tracé de la rue de la mairie, l’implantation des parkings, …on voit bien les risques de dégradation du bourg mais beaucoup moins bien les avantages que l’on pourrait en tirer et qui paraissent très hypothétiques. La qualité de ce projet est hautement questionnable et je serais très heureux de connaître l’avis de l’architecte conseil nommé par l’Etat pour notre département du Morbihan.
Remarque 6 : Pourquoi déplacer les terrains de sport ?
Quelques citations à ce sujet :
PADD – Orientation 3 – Objectif 1 :
« Faire du renouvellement. Profiter de la localisation en cœur de bourg des équipements sportifs qui doivent être modernisés. Ces équipements sportifs seront reconstruits à proximité»
Rapport de présentation – Partie 1 page 10 :
Il s’agira de prendre en compte l’amélioration des équipements sportifs, leur éventuel déplacement, et la réalisation d’espaces dédiés aux enfants »
Rapport de présentation – Partie 2 page 186 :
Tableau : 204 logements en lieu et place des terrains de football
Rapport de présentation – Partie 3 page 244 :
Un nouveau parc sportif verra le jour sur l’extension ouest du bourg. L’actuel secteur pourra changer de destination au profit de l’habitat… Ces secteurs étant à proximité immédiate de tous les commerces et services, il a été envisagé une densité de 60 logements / ha, soit la réalisation de 204 logements.
Ces quelques citations (on parle de ces équipements sportifs à d’autres endroits mais c’est pour répéter la même chose) montrent que la motivation principale du déplacement des deux terrains de football et de la piste d’athlétisme est leur modernisation. De quelles modernisations s’agit-il ? Et surtout, faut-il absolument déplacer ces équipements pour les moderniser ? On voit bien en réalité que la conséquence de ce déplacement est que l’on pourra construire 60 logements à l’hectare, soit 204 logements…et que cette conséquence est en fait l’objectif principal ! Cette présentation n’est donc pas très correcte. Il y a aussi parfois le terme « éventuellement » qui est accolé au déplacement des terrains, ce qui est un peu une façon de ne pas dire clairement les choses, comme si on était pas sûr de le vouloir.
Au-delà de ces questions de forme, les vraies questions sont :
– Les arradonnais veulent-ils que l’on construisent 204 logements sur leurs terrains de sport et suppriment ainsi une grande partie de ce qui a toujours été considéré comme le « poumon vert d’Arradon » ?
– Quel sera l’impact paysager du nécessaire décaissement nécessaire pour avoir des terrains de sport« à plat » s’ils sont déplacés à côté du collège?
Ce projet à quoi inquiéter et là encore, un avis de l’architecte – conseil de l’Etat serait le bienvenu.
Jean-François Petiot
Arradon, le 21 juin 2013